Document POMED: Un rapport depuis les « regions sombres » de Tunisie

par Amy Hawthorne

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En novembre 2015, le Directeur Exécutif Stephen McInerney, la Directrice Adjointe pour la Recherche Amy Hawthorne, et l’Associée du Programme des Partenariats avec la Société Civile Raouia Briki ont visité les régions du sud et du centre de la Tunisie. En cinq jours, ils se rendirent à Sidi Bouzid, Gafsa, et Gabès et rencontrèrent différents activistes, dirigeants d’ONG, chercheurs et autres membres de la société civile tunisienne.

Au cours de notre visite à Sidi Bouzid, Gafsa et Gabès en novembre 2015, trois des régions les plus pauvres de Tunisie, nous avons été confrontés à une forte frustration causée par des demandes économiques, sociales et politiques insatisfaites cinq ans après une révolution qui était supposée apporter la justice sociale et des opportunités économiques à tous les Tunisiens. Un jeune activiste de la société civile nous a rappelé, découragé, que « les cinq dernières années furent inutiles. Rien n’a changé. »

C’était une éruption de plaintes contre le chômage, le sous-développement, et l’exclusion sociale au sein des régions marginalisées de Tunisie, qui avait entrainé la révolution de 2011. Depuis, chaque gouvernement, le gouvernement actuel inclus, a promis de s’occuper de ces inégalités mais peu de choses ont changé. Aujourd’hui, l’une des préoccupations majeures tourne autour du fait que beaucoup de jeunes, fortement touchés par des espoirs révolutionnaires anéantis, ainsi qu’un malaise social et des difficultés économiques, se détachent de plus en plus de la transition politique au niveau national.

Sidi Bouzid, au centre du pays, Gafsa, dans le sud-ouest, et Gabès, au sud de la côte méditerranéenne, sont des villes isolées et en déclin économique comprennant à peu près 100.000 habitants. Elles sont aussi le centre de gouvernorats marginalisés portants le même nom. Les activistes que nous avons rencontrés dans ces villes étaient quasi-entièrement préoccupés par des problèmes locaux. Ils ne portaient que peu d’intérêts pour la politique nationale, telle que la récente division du parti Nidaa Tounes ainsi que les rumeurs de remaniement gouvernemental.

Nous avons observé de près comment certains jeunes Tunisiens utilisent leur nouvelle liberté politique pour créer de remarquables initiatives à l’échelle de la société civile et afin de faire face aux problèmes sociaux. Mais nous avons aussi relevé beaucoup de cynisme après des années de promesses de développement non tenues par Tunis et les donateurs internationaux. Beaucoup craignent que les jeunes vivant dans ces régions, se sentant exclus et invisibles, soient attirés par le « mauvais chemin » : le terrorisme. Au moins deux des auteurs des attaques de 2015 au Bardo et à Sousse venaient de villes pauvres de l’intérieur, et durant notre voyage, une importante opération de contre-terrorisme fut déployée autour de Sidi Bouzid après que des militants aient décapités un berger de 16 ans.

A propos de l’auteur

Amy Hawthorne est Directrice adjointe de POMED pour la recherche.

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